Slap shot : Rencontre avec Yvon Barrette, le très coloré Denis Lemieux

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C’était il y a 45 ans. Âgé de seulement 29 ans, le comédien Yvon Barrette recevait un coup de fil de sa résidence de Saint-Léandre, en Matanie, qui a complètement changé sa vie. On lui offrait d’incarner le rôle du gardien de but des Chiefs dans Slap Shot, aux côtés de Paul Newman. Depuis tout ce temps, le personnage de Denis Lemieux n’a jamais quitté Yvon Barrette, qui soufflera bientôt 75 bougies. Tournées, conférences, mises en jeu protocolaires, salons de collectionneurs, les demandes proviennent de partout dans le monde.

Bien que cette célèbre comédie sportive ait été tournée en 1976 et qu’elle soit sortie en 1977, le comédien n’a jamais cessé d’en entendre parler. Les anecdotes que son personnage lui a fait vivre sont nombreuses. Régulièrement, on lui demande de prononcer sa légendaire réplique: «Trade me right fucking now!» Yvon Barrette, qu’on a ensuite aussi pu voir dans les longs-métrages 15 février 1839 et Le bruit des arbres, a presque fait le tour du monde avec son personnage de Denis Lemieux. Cinq questions à Yvon Barrette, alias Denis Lemieux.

«Trade me right fucking now!»
Yvon Barrette, alias Denis Lemieux, le gardien de but des Chiefs dans le film Slap Shot. Derrière lui, une œuvre inspirée de son personnage réalisée par le regretté Neno Dubovi.
  • Mention spéciale : Johanne Fournier

Question : Pouvez-nous nous raconter ce coup de fil de l’acteur Donald Pilon reçu il y a 45 ans?

Réponse : Le réalisateur du film, George Roy Hill, et celui qui s’occupait de la distribution, Mike Fenton, étaient à Montréal. Ils cherchaient un petit gardien de but québécois parce que celui des Jets de Charlestown, la ville qui a inspiré le film, était un Québécois qui venait de l’Abitibi et il n’était pas très grand. Environ 300 auditions ont été passées. Mais, ils étaient insatisfaits. Donald Pilon était avec eux. Il a pensé à moi. On avait fait deux films ensemble. Donc, il les a amenés chez un ami voir des extraits des films La vraie nature de Bernadette et Les corps célestes que j’avais faits avec Gilles Carle. Ils ont vu à peu près dix minutes de ma tête et ils ont dit: «On veut le voir aujourd’hui!» Donald Pilon a appelé chez moi à Saint-Léandre, mais je n’étais pas là. Je l’ai rappelé et il m’a dit: «Yvon, il faut que tu sois au Ritz Carlton ce soir à 17h55». Il était à peu près 11h. Il m’a dit: «Ton billet d’avion est à Mont-Joli». J’étais cassé. Je suis allé au dépanneur et j’ai demandé à Louiselle de me prêter 100$. Je lui ai dit que c’était pour aller faire un film avec Paul Newman! J’ai pris l’avion et je suis arrivé au Ritz Carlton à l’heure. M. Fenton m’a raconté le film du début à la fin. Le film commence avec moi, alors que je suis en entrevue. Après, on est monté à sa chambre et j’ai lu le scénario d’un couvert à l’autre. Vers minuit, j’ai fait la première scène du film en audition. J’avais déjà saisi le personnage.

Yvon Barrette dans son rôle de Denis Lemieux lors du tournage du film Slap Shot.
  • Photo fournie par Yvon Barette

Question : Auriez-vous cru, 44 ans plus tard, que ce film continuerait à intéresser les gens de partout dans le monde?

Réponse : Jamais que je n’aurais pensé qu’après toutes ces années, ce serait encore un side-line! J’ai déjà signé des photos pour trois personnes: le grand-papa, le papa et le petit garçon. Les trois connaissaient les répliques. Cet été, trois gars sont arrivés ici. C’était trois amateurs de Slap Shot. J’ai mis mon chandail des Chiefs et on a fait des photos. Ils étaient comme trois enfants! Ils étaient très émus. Si Slap Shot est devenu un film culte, c’est parce que c’est pratiquement un documentaire. C’est tellement près de la réalité de ce qui se vit, aussi bien dans les ligues majeures que dans les équipes qu’on dit de garage. Tout le monde connaît ce film-là. Tout le monde l’écoute parce qu’il se reconnaît. Tu es capable de t’identifier à un des personnages, c’est à peu près certain. Quand il y a eu l’accident de l’équipe de hockey des Broncos en Saskatchewan, il y avait un DVD de Slap Shot à côté de l’autobus. C’est ce qu’ils étaient en train d’écouter quand il y a eu l’accident. J’ai envoyé un chandail signé.

Lors d’une tournée en Allemagne, Yvon Barrette avec trois autres personnages du film, les frères Hanson.
  • PHOTO FOURNIE PAR YVON BARRETTE

Question : Pourquoi les gens aiment-ils autant le personnage de Denis Lemieux?

Réponse : Il est là en commençant le film. Il est drôle et touchant. Il a des répliques que les gens connaissent par cœur. Les gens l’aiment aussi à cause de sa fébrilité, de sa vérité. Je suis le seul des personnages qui se retrouve dans des situations saugrenues. Le personnage est devenu une sorte de légende. Je suis le seul gardien de but qui a des choses au Temple de la renommée à Toronto et qui n’a jamais eu un seul but de compté contre lui! Je reçois des cadeaux de partout avec la photo de Denis Lemieux. Je me suis fait des amis de partout à travers le monde. Grâce à ce personnage-là, j’ai un contact privilégié avec les gens. Ils m’aiment en partant et moi, j’aime le monde.

Question : Jouer aux côtés de Paul Newman, comment c’était pour un jeune comédien de 29 ans

Réponse : C’était fantastique. C’était un bonhomme extraordinaire. Il était fin et extrêmement généreux. On avait un contact privilégié parce que ses enfants étudiaient dans des high schools, où ils apprenaient le français. J’allais à sa chambre et je l’aidais à écrire des lettres en français à ses enfants. C’était un acteur d’une très grande simplicité. Il y a une scène où on était au bar. On a été obligé de la refaire quatre à cinq fois à cause de ma réplique qui lui donnait le fou rire.

Une multitude de produits dérivés du film Slap Shot ont été créés, dont celui-ci, qui illustre le célèbre gardien de but des Chiefs, Denis Lemieux. 
COLLABORATION SPÉCIALE JOHANNE FOURNIER

Question : Vous êtes natif d’Alma au Lac-Saint-Jean. Pourquoi avoir choisi d’habiter Saint-Léandre?

Réponse : Je vivais à Montréal. J’avais déjà quelques tournages de faits. Mon fils Blaise avait 2 ans et demi. Je fréquentais une taverne où je rencontrais un ami qui venait de Matane, Serge Otis. Il m’a proposé de venir en Gaspésie et j’ai loué une maison. Je suis monté sur la butte derrière cette maison et je suis tombé en amour avec la place. C’était en 1973. J’ai acheté la maison et je reste ici depuis ce temps-là. Je suis propriétaire d’une entreprise à 5 minutes de chez moi, L’Ancèdre. Je gagne très bien ma vie. Quand on a besoin de moi pour un tournage, on m’appelle quand même. Je suis très heureux de ma situation. C’est le choix le plus intelligent que j’ai fait dans ma vie. Mon fils demeure dans le village. J’ai deux petits-enfants: Pierrot et Lysandre [Nadeau], une influenceuse. Elle a joué dans deux films.

C’est sur cette butte qu’Yvon Barrette a fait le choix, en 1973, de s’installer à Saint-Léandre, près de Matane.
COLLABORATION SPÉCIALE JOHANNE FOURNIER
De gauche à droite : Yvan Ponton, Yvon Barrette, Paul Newman et Guido Tenesi
IMDB.COM
« Moé j’vais en Floride osti c’est là qu’est le motton »

Slap Shot Official Trailer #1 – Paul Newman Movie (1977) HD

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Nicolas Beaudry
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